Fiction: Métamorphose, chapitre 19


Métamorphose

Vendredi 30 septembre

Qu'est-ce qui me prenait ces temps ci? J'eus une fois de plus envie de m'habiller de manière originale. J'avais pas mal cogité sur ce qu'avait dis Aaron hier, et il était vrai que c'était agréable d'être regardée. Aussi je me parais une fois de plus de quelques jupes et accessoires, que je ne décrirai pas pour une fois. C'est Aaron qui passa me chercher, visiblement en accord avec Orthencia qui ne péta pas un scandale parce que je l'avais plantée.
- « Bah non, il m'avait prévenue.
- Donc il avait prévu son coup.
- Tu dis ça en rougissant.
- Pas du tout. »
Elle ria puis me complimenta sur ma tenue une fois encore, avant que l'on rentre en classe. Alors que le regard pesant de mes camarades se figeait encore sur moi, je m'assis dans un coin où j'espérais au moins pouvoir passer inaperçue auprès du professeur. Loupé, celui-ci me fixa pendant plusieurs seconde quand je répondis présente à l'appel. Comme si il ne me reconnaissait pas, ce qui visiblement était le cas de tout le lycée. A l'intercours il fallut que ce soit la classe de Joshua qui précède la mienne en salle de maths. A peine sortit de la pièce il me scruta avant de dire:
- « Hebi, ce nouveau look te va tellement bien!
- Fiche moi la paix, crétin.
- Ne sois pas si contrariée, ce n'est qu'un compliment.
- Je ne suis pas contrariée mais plutôt contrariante.
- Tu ne me contrarie pas, tant que ta présence honore mon regard.
- Regardez moi ce beau parleur, c'est ce genre de baratin que tu as sorti à ma s½ur?
- Pourquoi faut-il toujours qu'on en revienne au même sujet?
- Parce que c'est la seule chose qui nous lie.
- Pourquoi ne pas créer de nouveaux liens, justement?
- Parce que je n'en ai aucune envie. Tu permets, je dois entrer en classe. »
Je le bousculai afin d'entrer dans la salle. Je m'assis rapidement entre Orthencia et Soka, avant de sortir mes crayons plutôt que d'écouter le cours.

Après avoir dessiné quelques personnages dont j'étais plutôt fière, la sonnerie me libéra enfin de l'ennui. Je mangeais en compagnie de Sally-Rose, Orthencia daigna s'assoir à coté de moi.
- « T'auras mis du temps à mettre tes préjugés de côté dis moi.
- Je n'ai pas mis mes préjugés de côté, mais comme il semble que tu passes le plus clair de ton temps avec elle je suis bien obligée de la supporter si je veux te voir.
- Ne dis pas n'importe quoi, je passe beaucoup de temps avec toi. Simplement Sally-Rose est une amie et j'aimerai que toi aussi tu passes le cap de « la pétasse », comme elle a passé le cap de « la gothique ».
- Qui te dis qu'elle l'a passé?
- Je t'en pris Orthencia, si elle n'avait pas passé ce cap tu ne serais pas venue. J'ai bien vu que c'est elle qui t'a fait signe de nous rejoindre.
- Je suis venue de mon plein gré.
- Je n'en doute pas, mais arrête de faire comme si tu étais venue par pure obligation. C'est très bien que tu acceptes d'apprendre à la connaître et tu peux être fière d'avoir fait le pas. »
Soka osait à peine parler. Il détournait le regard, n'osant pas croiser ceux de la bande de Sally. Je savais bien qu'il faudrait un temps à tout le monde pour accepter nos différences, mais au moins j'espérais que cela servirait à quelque chose. Que finalement cela donnerait naissance à une amitié. Enfin, Sally-Rose lança quelques sourires à mes amis afin de les mettre en confiance, ce qui n'empêcha pas Orthencia de faire la tête. Elle était sûrement encore plus têtue que moi celle là. Après le repas je passai un peu de temps dehors, car il me restait une heure avant de reprendre les cours. Joshua en profita pour, une fois de plus, venir m'aborder.
- « Alors, on bronze?
- Fiche moi la paix bon sang.
- Hebi, je suis sincèrement désolé de ce que j'ai fais et j'aimerai vraiment faire la paix.
- Tu l'as dis des dizaines de fois, je crois avoir été claire.
- Bon, puisque tu insistes je vais te raconter la vraie raison pour laquelle je suis sorti avec ta s½ur.
- Tiens, tu changes enfin de discours. Tu vas enfin avouer que tu t'ai servi d'elle?
- Oui, mais pas pour ce que tu crois. J'ai rencontré Kay alors que je faisais les boutiques, et j'ai tout de suite reconnu votre air de famille.
- Je t'en pris, ne me fais pas vomir.
- Ne sois pas si méchante avec ta s½ur. Bref, nous avons fait connaissance en discutant tout bonnement à la caisse comme il y avait la queue. J'ai alors eu confirmation que c'était ta petite s½ur. Elle s'est attachée à moi, et quand elle m'a avoué qu'elle était tombée amoureuse de moi j'étais dérouté. J'ai accepté pour ne pas lui faire de peine, et surtout pour ne pas me détacher de toi. Car si j'ai voulu faire connaissance avec elle, c'était en fait parce que je voulais me rapprocher de toi. Ton coté décalé, ton style, ton mystère... Tu me plais Hebi, mais je n'osais pas t'aborder car je voyais bien que tu avais des préjugés sur les « gens comme moi ». Aussi passer par ta petite s½ur m'a parut être le plus simple, malheureusement elle s'est attachée à moi plus que je ne l'aurai voulu. C'est aller trop loin, et finalement quand je suis venue chez vous j'ai coupé court à notre relation en essayant de t'embrasser, afin que vous compreniez toutes les deux mes vrais sentiments. Je n'aurai pas du m'y prendre ainsi, je l'ai vite compris. J'ai perdu à la fois une amie et celle que j'aime. »
Il s'arrêta, attendant ma réaction. J'étais scotchée. En temps normal j'aurai cru à une manipulation de sa part, mais je lisais la sincérité dans son regard. Et puis après tout pourquoi aurait-il chercher à tout pris à rester en contact avec moi pour autre chose que cela? Joshua Richter était amoureux de moi. Et moi, j'étais complètement paumée.
- « Hebi?
- Oui...
- Ca va?
- Je ne sais pas trop.
- De quoi?
- De tout, où j'en suis, ce que je veux, ce que je dois faire... J'étais déjà perdue ces derniers temps, et je dois dire que ta déclaration n'arrange pas les choses.
- Désolé.
- Non, c'est moi qui suis désolée. Si j'avais su ça depuis le début, je ne me serai jamais comportée comme ça avec toi. J'aurai du t'écouter plus tôt, au lieu de me répéter sans cesse que tu étais un traitre.
- En même temps je ne me suis pas comporté d'une manière à t'en dissuader. »
Je marquais encore une pause. J'avais du mal à parler. Des flots d'idées fusaient dans ma tête, et je ne savais plus que dire et que garder pour moi. Tant de chose me tracassaient... Pourquoi la vie était elle si compliquée?
- « Tu veux en parler? » demanda-t-il.
- De quoi?
- De tes problèmes.
- C'est gentil, mais j'en ai marre de passer pour une tarée.
- Hebi, je t'aime et je te croirais quoi qu'il arrive.
- Tu sais, j'ai déjà entendu ces mots. De la bouche d'Aaron, et quelques minutes plus tard il me larguait.
- Je te promets que moi je n'en ferai rien. Enfin, je te croirais quoi.
- Bon, si tu insistes. »
Je commençai par le début de mes problèmes, c'est-à-dire le jour où mon frère avait fait son coming out. Puis je lui racontai son départ, mon désespoir et ma solitude jusqu'à ce que je rencontre Aaron, puis Duncan et le cauchemar qu'il m'avait fait vivre, jusqu'à aujourd'hui. Voyant qu'il ne disait rien, je lui dis:
- « Tu ne me crois pas c'est ça? Je le savais, je n'aurai pas...
- Non. » me coupa-t-il. « C'est juste que je suis ému.
- Emu?
- Oui, tu as tellement souffert. Je me sens bête avec mes petits problèmes à côté des tiens.
- Alors tu me crois? Vraiment?
- Bien sûr, je ne vois pas pourquoi tu mentirais.
- Ouah... » murmurai-je.
Il était vraiment sincère. J'étais assez déroutée qu'un garçon qui me connaissait à peine tienne tellement à moi qu'il puisse croire à de telles histoires. Le soir même c'est lui qui me déposa chez moi. Je le remerciai d'un baiser sur la joue (ne pressons pas les choses) avant d'entrer. J'étais étonnée car seul mon père était à la maison, alors que normalement Kay aurait du être rentrée.
- « Bonsoir Hebi.
- Bonsoir. Kay n'est pas là?
- Elle est allée dormir chez une amie. Ce soir je te réserve quelque chose de très spécial.
- Hum, c'est-à-dire?
- C'est une surprise. Mais l'on doit vite monter dans la voiture, parce qu'on a un paquet de route à faire.
- De nuit, comme ça?
- Ne t'inquiète pas, j'ai fais une longue sieste cet après midi pour m'y préparer. »
Nous ne perdîmes pas de temps et j'eus à peine le temps de mettre quelques fringues dans un sac que nous étions déjà sur la route. Au bout de quelques heures nous fîmes un arrêt pour manger, puis je remontai en voiture et m'endormis.

Tags : fiction - métamorphose - histoire

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